04 DéC 2017
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L'oeil de Liza

Avant le choc Bayern Munich - Paris SG en Ligue des Champions, Bixente Lizarazu vous livre son analyse sur cette rencontre


Même si sa démonstration du match aller s’est déroulée dans des conditions particulières, puisque le lendemain, Carlo Ancelotti, l’entraîneur munichois, était limogé, le Paris-Saint-Germain a prouvé le 27 septembre dernier face au Bayern qu’il avait les moyens de tenir tête aux plus grands. La défaite parisienne samedi à Strasbourg, la première en L1, ne change strictement rien à la donne : c’est  sûre de sa force et déjà qualifiée pour les huitièmes de finale de la Ligue des Champions après un parcours sans faute (5 matches, 5 victoires) que l’équipe d’Unai Emery se présentera mardi soir sur la pelouse de l’Allianz Arena. Le Bayern n’a pas le droit de perdre ce match mais il l’abordera sans tous ses atouts : Neuer, le meilleur gardien du monde, continue de soigner son pied, Robben et Thiago Alcantara sont également à l’infirmerie et Ribéry reprend tout juste.

Dans le long chemin qui mène à un succès dans la plus prestigieuse des compétitions européennes, le PSG a passé un cap en se délestant de tout complexe d’infériorité. Il est devenu une grande équipe. Pour la première fois depuis sa prise de contrôle par Qatar Sports Investments à l’été 2011, Paris me semble présenter les arguments requis pour gagner la Ligue des Champions. Pour y parvenir, il faut toujours un peu de réussite mais il me semble inconcevable, après avoir longtemps buté sur l’obstacle des quarts de finale, qu’il n’atteigne pas au minimum le dernier carré.

Paris a une grande équipe, donc. Mais ce n’est pas encore un grand club. En tout cas, un grand club sur le plan européen ou mondial. En France, c’en est un, évidemment. Au niveau continental, il ne présente pas encore un palmarès suffisamment fourni pour être comparé aux ténors. Dans la salle des trophées, la Coupe des Coupes 1996 fait bien maigre comparée aux 5 Ligues des Champions du Bayern. Et je n’évoque même pas les 12 du Real Madrid… Pour Paris, il ne suffira pas de soulever une fois la Coupe aux grandes oreilles pour basculer dans le monde des très grands. Pour faire partie de ce cercle fermé où l’on retrouve  par exemple le FC Barcelone, le Real Madrid, le Bayern Munich mais aussi Liverpool (5 succès en C1) ou le Milan AC (7 succès en C1), la constance au plus haut niveau est une qualité indispensable.

Ces clubs-là ont une histoire et ils en sont fiers. Le PSG peut l’etre aussi, même si elle est plus modeste. Ce n’était pas une raison, à mes yeux, pour faire comme si elle n’existait pas. A ce sujet, j’avais trouvé la communication de QSI à son arrivée extrêmement maladroite. Une communication symbolisée par la phrase un peu méprisante d’Ibrahimovic, un soir de succès étriqué contre Nancy (2-1), en mars 2013 : « Avant, il n’y avait rien. » Désolé mais George Weah, David Ginola, Safet Susic, Mustapha Dahleb, Ronaldinho, ce n’est pas rien. Les dirigeants parisiens l’ont compris et ils semblent décidés à rectifier le tir en ne tournant plus le dos au passé, qui donne du poids au maillot.

Un grand club, c’est un palmarès, une histoire mais c’est aussi une identité, des valeurs. Une entité qui cultive ses particularités. Le Real n’est pas le Bayern qui n’est pas le Barça. Ils ont chacun leur identité de jeu mais ont aussi des points communs, notamment dans la construction et la stabilité de leur effectif. Le Bayern s’est toujours appuyé sur une forte base de joueurs allemands, même après l’arrêt Bosman qui permettait à chaque club d’évoluer avec plus de deux étrangers. Si ses plus grands serviteurs aiment y finir leur carrière ou en commencer une autre dans ses instances dirigeantes, c’est tout sauf un hasard, me semble-t-il. Ce club affiche et éprouve un profond respect pour ceux qui ont porté son maillot, je peux encore le vérifier aujourd’hui alors que j’ai quitté Munich il y a onze ans. Là-bas, tout change mais rien ne change. Le côté familial que j’ai connu ne s’est pas altéré alors que le Bayern est une entreprise qui s’est développée à l’international comme peu d’autres.

Un grand club se mesure aussi à son appétit jamais démenti, à sa capacité à se remettre en question. Quand le Real Madrid a remporté sa dixième Ligue des Champions, il s’est tout de suite mis en conquête d’une onzième, puis d’une douzième.

Le PSG va devoir construire sa différence, sa singularité. Avec Ibrahimovic et quelques autres, il a cultivé, je crois, ce qu’était l’exigence du très haut niveau. Les recrutements de Neymar et Mbappé sont deux coups énormes sportivement qui doivent lui permettre, vu la jeunesse des deux attaquants, de se projeter dans le moyen terme avec sérénité. Ce n’est jamais facile, comme peut le constater actuellement le Bayern à l’heure d’imaginer ce que sera sa vie sur le terrain sans Robben ni Ribéry.

Neymar apporte une touche internationale au PSG. Son image dans le monde a été boostée par l’arrivée de la star brésilienne. Celle de Mbappé est en train de faire un bien fou à la cote de popularité du PSG en France. Le club de la capitale n’est pas encore très aimé en province. Peut-être le deviendra-t-il plus en continuant à attirer dans ses rangs les meilleurs joueurs français comme Mbappé.